
Anne-Marie Angers-Trottier
Stratège principale en mobilisation et innovation sociale

Lorsqu’on veut améliorer le bien-être des jeunes, notre réflexe est souvent de développer des solutions en misant sur le milieu scolaire. C’est le milieu idéal si l’on souhaite rejoindre le plus grand nombre d’enfants et d’adolescent·es possible. Bien que la mise en place d’initiatives dans les écoles puisse avoir un impact tangible, elle s’accompagne aussi de multiples défis.
Les milieux scolaires sont des environnements riches et complexes. De nombreux acteurs clés ayant des objectifs et des intérêts divergents s’y retrouvent : direction, enseignant·es, professionnel·les, élèves, parents, organismes externes, etc. Ces acteurs clés sont généralement bombardés de demandes et de propositions au quotidien. De plus, ils doivent jongler avec une multitude de contraintes : temps limité, ressources humaines et financières restreintes, culture institutionnelle réfractaire au changement, etc.
Nous avons compris que pour naviguer dans cette complexité, certaines pratiques se révèlent particulièrement efficaces. Au fil des ans, nous avons accompagné de nombreux porteurs de projets qui ont implanté des initiatives dans les écoles primaires ou secondaires. Ces expériences ont façonné notre compréhension des conditions essentielles pour qu’un projet trouve réellement sa place et génère des changements durables dans les écoles.
À la clé de nos apprentissages, on vous propose ainsi quatre ingrédients essentiels pour implanter une initiative ou un programme en milieu scolaire, et ainsi, favoriser un changement de comportement chez les jeunes.
Avant même de proposer une activité, il est crucial de bien comprendre le contexte et les priorités de l’école. Il importe de faire preuve de curiosité et d’arriver préparé·e. Quels sont les programmes qui existent déjà ? Quels intervenant·es ou professionnel·les travaillent déjà auprès des élèves ? Quels événements figurent au calendrier des prochains mois ? Quels défis spécifiques mobilisent l’école actuellement ?
Idéalement, avant d’approcher une école, il est important d’avoir un portrait de la communauté qu’elle dessert.
Il ne faut jamais sous-estimer l’importance du relationnel quand vient le temps de mettre en œuvre un projet. Ainsi, développer un lien de confiance authentique avec un ou plusieurs membres de l’équipe-école peut nous permettre de maximiser notre impact. Concrètement, ces personnes clés peuvent nous faciliter l’accès à certaines ressources (installations, direction, etc.), nous aider à mobiliser les participant·es et nous fournir de la rétroaction en continu.
Nos allié·es sont aussi très précieux pour nous aider à comprendre la culture organisationnelle en place. Ils peuvent, par exemple, nous aider à identifier les croyances et/ou les fausses croyances auxquelles les intervenants de l’école adhèrent. L’ambiance de l’école, ainsi que les forces et faiblesses existantes, dicteront le cadre dans lequel devront évoluer nos actions. Sans nos allié·es, il devient très difficile de bien le définir.
Une implantation réussie repose sur des rôles et responsabilités clairs. Par exemple, il faut se poser les questions suivantes : qui prend le leadership, qui s’occupe de la logistique, quel est le budget, qui assure le suivi après la fin du projet ? Ces rôles et responsabilités doivent être clarifiés non seulement avec les personnes-ressources qui collaborent directement avec vous dans le quotidien, mais aussi avec la direction de l’école.
Il faut que toutes les parties prenantes comprennent l’intention, le plan d’action ainsi que les résultats visés de l’initiative. Il ne faut pas hésiter à développer et à partager des documents à ce sujet, tout en s’assurant qu’ils soient mis à jour régulièrement. Cette quête de clarté vous permettra d’éviter de créer des attentes irréalistes (pour vous-même et pour l’équipe de l’école) et de gérer les besoins évolutifs en cours de route.
L’engouement pour l’évaluation est de plus en plus présent dans nos réseaux. Toutefois, les processus proposés peuvent paraître lourds ou complexes à mettre en œuvre.
Il est pertinent de revenir à l’essentiel afin de se souvenir que la réelle plus-value de l’évaluation est d’apprendre et de s’ajuster en temps réel. L’évaluation ne sert pas seulement à rendre des comptes à notre organisation ou à nos bailleurs de fonds. Elle peut soutenir la remise en question, l’amélioration de nos pratiques et même potentiellement l’appropriation de notre initiative par l’école. Ainsi, il faut développer des stratégies et des outils en ce sens.
En conclusion, le milieu scolaire est un terreau fertile pour la mise en œuvre de projets et d’initiatives pour améliorer la qualité de vie des jeunes. Il faut bien se préparer avant d’approcher les écoles, créer des relations de confiance avec les équipes internes, être clair quant au cadre du projet et entretenir notre capacité d’adaptation grâce à l’évaluation. En misant sur ces quatre ingrédients essentiels, vous aurez déjà une longueur d’avance pour bâtir des initiatives qui s’arriment aux réalités du milieu et qui peuvent réellement avoir un impact sur le bien-être des jeunes.

