
Marjolaine Arcand
Stratège principale en marketing social et communication
Les signaux faibles sont de petits indices qui, séparément, peuvent sembler anecdotiques. Mais lorsqu’ils se répètent, ils peuvent révéler qu’une norme, une perception ou un comportement est en train de bouger. Pour bâtir une stratégie sociale pertinente, il faut donc apprendre à les repérer avant qu’ils ne deviennent des tendances bien visibles.
La cigarette en est un bon exemple : un objet longtemps dénormalisé qui réapparait dans la culture populaire. Elle se consume dans des univers qui n’ont rien à voir avec la promotion traditionnelle du tabagisme. On l’aperçoit de plus en plus dans les médias, aux lèvres des célébrités et même dans certains objets décoratifs qui reprennent ses codes. Mon fil Instagram la rend même presque désirable, transformée en lampe mid-century, en boule disco, en sac perlé ou en bâtons d’encens qui brûlent dans de jolis cendriers.
Entre ses doigts jaunis, cette tendance traîne une certaine nostalgie : celle d’une époque où fumer évoquait la liberté, la nonchalance, la rébellion, parfois même le glamour.
En ramenant ce signal faible à mon équipe, plusieurs collègues sont tombés des nues : « La cigarette ? Vraiment ? ». Il faut savoir qu’on travaille sur Alliés sans fumée, une initiative visant à encourager la cessation du tabagisme et du vapotage en milieux de travail. Ils savent donc trop bien que le tabagisme est encore la principale cause de mortalité évitable au Québec. Selon les données de l’Institut national de santé publique du Québec, il est responsable d’environ 13 000 décès annuellement (INSPQ, 2023). Environ la moitié des fumeurs réguliers décèdent d’une maladie liée au tabac et peuvent perdre en moyenne près de dix années d’espérance de vie (Santé Canada), ce qui illustre l’ampleur du fardeau sanitaire évitable. Notre équipe est donc particulièrement attentive à ce qui peut influencer la consommation de la cigarette et des produits de nicotine.

Qu’on se comprenne : la romantisation du tabagisme ne signifie pas nécessairement que les gens recommencent à fumer. La prévalence du tabagisme a d’ailleurs diminué au Québec au cours des dernières décennies. Ce qui change, c’est plutôt le regard porté sur la cigarette.
Déjà, à l’été 2025, Hugo Dumas mettait des mots sur ce courant. « La résurgence de la clope est également un pied de nez aux obsédés de la santé qui ne mangent jamais de nourriture transformée et qui courent, par pur plaisir, des ultramarathons le week-end. » La cigarette représente-t-elle donc un symbole de cynisme envers les normes de santé ? On peut effectivement y voir une certaine fatigue à l’égard des injonctions de bien-être (un autre signal faible sur lequel nous reviendrons).
C’est là que le phénomène devient particulièrement intéressant. Après des décennies de recherche, de réglementation, de campagnes de sensibilisation et d’actions collectives pour transformer notre rapport à la cigarette, fumer est devenu socialement beaucoup moins acceptable. Mais une norme qui change peut-elle aussi commencer à reculer ?
Imaginez qu’on recommence à trouver cool de ne pas porter sa ceinture en voiture. Ou qu’une photo de vélo sans casque devienne un symbole de liberté. Ou que les gras trans fassent soudainement leur grand retour parce qu’ils évoquent les recettes de notre enfance.
S’ils peuvent sembler caricaturaux, ces exemples illustrent pourtant une chose importante : une norme sociale n’est jamais complètement acquise. Comme je l’expliquais dans un précédent article sur les normes sociales, les comportements sont influencés par ce que nous percevons comme normal, acceptable et valorisé autour de nous. Ce récent embrasement pour la cigarette pourrait bien rallumer quelque chose de plus préoccupant : sa normalisation.
Pour repérer ces changements avant qu’ils ne s’installent, encore faut-il savoir détecter les signaux faibles. Pour les voir, il faut se questionner sur ce qui circule dans l’espace public, dans les médias, dans nos fils d’actualité, ce qui recommence à être valorisé, les comportements qui deviennent plus visibles… Ce travail d’observation permet de mieux comprendre le contexte dans lequel un comportement prend forme, et donc de réfléchir à des stratégies qui vont au-delà du traditionnel « voici les risques, arrêtez ».
Si des décennies d’efforts ont contribué à rendre la cigarette moins normale, il serait dommage d’attendre qu’elle soit redevenue cool pour se demander comment agir. En changement de comportement, mieux vaut parfois écouter le signal faible avant qu’il ne devienne une tendance.
Ça tombe pile-poil : nous travaillons actuellement sur des stratégies visant la cessation tabagique et la cessation du vapotage, notamment auprès des jeunes (on vous en reparlera certainement dans les prochains mois).
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La mobilisation, c’est mettre en mouvement des idées et des ressources pour un changement positif (consultez nos stratégies de mobilisation dans cet article). Et contrairement aux idées reçues, cela ne se passe pas uniquement dans des salles communautaires ou sous la pluie en manifestation.
Le secret ? Se rappeler qu’en marketing social, on ne s’adresse pas à des « cibles », mais à des humains. Le numérique n’est pas une barrière, c’est un amplificateur de solidarité.
Pour structurer cet impact, on utilise souvent le modèle POE (Paid, Owned, Earned – voir l’encadré à ce sujet à la fin du texte). Mais quand les ressources sont limitées, un pilier se démarque : les médias détenus (Owned Media).
Pourquoi ? Parce que votre site web, votre infolettre et vos réseaux sociaux sont les seuls espaces où vous avez le plein contrôle, sans dépendre d’un budget publicitaire colossal.
Voici 4 actions concrètes à poser sur vos médias détenus pour transformer vos plateformes en véritables outils de mobilisation. Ils ont l’avantage d’être souvent moins dispendieux que les médias payés et particulièrement stratégiques quand on est une OBNL ou une petite entreprise avec des ressources limitées.
Chez M361, nos différentes stratégies sociales cumulent près de 80 000 abonné·es à nos infolettres, avec des taux d’engagement bien au-dessus des moyennes de l’industrie. Ce n’est pas un hasard : l’infolettre est l’un des rares canaux reposant sur une relation volontaire.
Quand une personne s’abonne, elle vous dit : « Votre cause m’importe ». C’est un allié hautement qualifié qui sera prêt à répondre présent lorsqu’il faudra participer à un événement, s’inscrire à un webinaire ou s’impliquer dans une action collective.
N’envoyez pas les mêmes communications à tout le monde. En segmentant vos envois (par région, par fonction ou par intérêt), vous proposez des actions plus pertinentes.
On peut ainsi :
Plus le message est spécifique, plus l’engagement est fort. Quand on sait lire et utiliser les données astucieusement, c’est un véritable laboratoire de psychologie sociale.
Au-delà de la simple publication organique, le numérique permet de tisser des liens directs. Deux tactiques simples font souvent toute la différence.
Surtout sur LinkedIn, n’hésitez pas à nommer les organisations ou les leaders concernés par votre sujet. Cela crée un sentiment d’appartenance immédiat, encourage le partage et positionne votre organisation comme une ressource centrale qui connecte les gens entre eux.
La vidéo courte
Dans un monde où l’attention est fragmentée, la vidéo courte domine. C’est souvent le format le plus efficace pour « passer le message » rapidement.
Bonne nouvelle : pas besoin de gros moyens. Voici une capsule produite dans le cadre de notre stratégie sociale La Lancée, réalisée simplement en suivant ces étapes :
Pour notre initiative 100°, nous avons mis sur pied un réseau d’ambassadeurs qui jouent un rôle crucial : ils adaptent l’information à leur milieu et mobilisent leurs pairs sur le terrain.
Le numérique devient ici le lien qui unit ces forces vives. Il permet de nourrir cette communauté à distance, de partager des outils exclusifs et de les activer selon leurs disponibilités.
Résultat : une mobilisation organique, volontaire et ancrée dans le réel. Pour voir un exemple concret, découvrez notre réseau d’ambassadeurs.
Mobiliser via ses propres canaux est essentiel, mais rarement suffisant pour atteindre des sommets. Certains acteurs sur le terrain sont déjà en lien direct avec vos publics cibles.
Plutôt que d’essayer de tout faire seul, misez sur des partenariats de diffusion. Chez M361, nous facilitons le travail de nos alliés en leur fournissant des trousses clés en main (visuels et textes prêts à l’emploi). Un courriel clair et humain, accompagné d’outils simples à partager, peut ouvrir bien plus de portes qu’une campagne publicitaire impersonnelle.
Dans l’univers du marketing numérique, on utilise souvent le modèle POE (Paid, Owned, Earned Media) pour classer les canaux de communication. Ce modèle distingue trois grandes catégories de médias :
Ensemble, ces trois types de médias permettent de structurer une stratégie de communication numérique cohérente et complémentaire.
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Webinaire, congrès, sommet, atelier, lancement… Peu importe le type d’événement que nous conceptualisons, nous avons toujours une intention en tête : que les personnes participantes en ressortent avec l’envie d’opérer un changement de comportement.
Ce changement de comportement peut être l’incitation à adopter un mode de vie physiquement actif au sein du lieu de travail, l’engagement à contaminer positivement son milieu avec des gestes concrets et porteurs, l’évolution des perspectives et biais sur une thématique précise.
Ainsi, notre recette pour créer un événement et sa programmation comporte un amalgame judicieusement réfléchi d’apprentissages, de rencontres et d’émotions.
Environ huit mois avant l’événement visé, les fondations se dessinent. Ce premier jalon essentiel est souvent escamoté alors qu’il fait vraiment la différence. En plus d’orienter clairement les actions à venir, une bonne fondation contribuera à la compréhension commune de l’ensemble des collaborateur·trices impliqué·es.
Cette étape comporte :

Environ six mois avant l’événement, c’est le temps de se pencher sur la conception. Nul besoin de préciser qu’il faut garder en tête les fondements déterminés lors de la phase précédente !
Cette phase permet de réfléchir à ces aspects :
Ce dernier jalon (qui se déroule environ deux mois avant le jour J) est à la fois intrinsèque et tributaire aux deux phases précédentes. Sans fondements, l’événement navigue à l’aveuglette et sans conception, il a une coquille vide, sans contenu à l’intérieur. La livraison doit donc être connectée aux fondements et à la conception, car on veut livrer un événement fidèle à ce qui a été réfléchi.
Un mot-clé à retenir pour cette phase : exécution. Il s’agit ici de :
Le succès et la qualité de l’événement conçu reposent sur la préparation en amont afin de s’assurer qu’il rejoigne la cible priorisée dans les fondements. C’est avec une intention bien définie vers un changement de comportement visé et une expérience à la hauteur de la conception imaginée pour elle que cet événement saura créer un effet transformateur !
Concevoir un événement qui dessert un objectif commun est aussi motivant pour les artisan·es que pour les participant·es.
Vous aimeriez avoir un aperçu de ce que ça peut donner en fin de piste ? Découvrez quelques exemples de réalisations événementielles que nous avons conçues :
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avec l’apport de mes collègues (Anne-Marie Angers-Trottier et Marianne Lacharité-Lemieux) !



Lorsqu’on veut améliorer le bien-être des jeunes, notre réflexe est souvent de développer des solutions en misant sur le milieu scolaire. C’est le milieu idéal si l’on souhaite rejoindre le plus grand nombre d’enfants et d’adolescent·es possible. Bien que la mise en place d’initiatives dans les écoles puisse avoir un impact tangible, elle s’accompagne aussi de multiples défis.
Les milieux scolaires sont des environnements riches et complexes. De nombreux acteurs clés ayant des objectifs et des intérêts divergents s’y retrouvent : direction, enseignant·es, professionnel·les, élèves, parents, organismes externes, etc. Ces acteurs clés sont généralement bombardés de demandes et de propositions au quotidien. De plus, ils doivent jongler avec une multitude de contraintes : temps limité, ressources humaines et financières restreintes, culture institutionnelle réfractaire au changement, etc.
Nous avons compris que pour naviguer dans cette complexité, certaines pratiques se révèlent particulièrement efficaces. Au fil des ans, nous avons accompagné de nombreux porteurs de projets qui ont implanté des initiatives dans les écoles primaires ou secondaires. Ces expériences ont façonné notre compréhension des conditions essentielles pour qu’un projet trouve réellement sa place et génère des changements durables dans les écoles.
À la clé de nos apprentissages, on vous propose ainsi quatre ingrédients essentiels pour implanter une initiative ou un programme en milieu scolaire, et ainsi, favoriser un changement de comportement chez les jeunes.
Avant même de proposer une activité, il est crucial de bien comprendre le contexte et les priorités de l’école. Il importe de faire preuve de curiosité et d’arriver préparé·e. Quels sont les programmes qui existent déjà ? Quels intervenant·es ou professionnel·les travaillent déjà auprès des élèves ? Quels événements figurent au calendrier des prochains mois ? Quels défis spécifiques mobilisent l’école actuellement ?
Idéalement, avant d’approcher une école, il est important d’avoir un portrait de la communauté qu’elle dessert.
Il ne faut jamais sous-estimer l’importance du relationnel quand vient le temps de mettre en œuvre un projet. Ainsi, développer un lien de confiance authentique avec un ou plusieurs membres de l’équipe-école peut nous permettre de maximiser notre impact. Concrètement, ces personnes clés peuvent nous faciliter l’accès à certaines ressources (installations, direction, etc.), nous aider à mobiliser les participant·es et nous fournir de la rétroaction en continu.
Nos allié·es sont aussi très précieux pour nous aider à comprendre la culture organisationnelle en place. Ils peuvent, par exemple, nous aider à identifier les croyances et/ou les fausses croyances auxquelles les intervenants de l’école adhèrent. L’ambiance de l’école, ainsi que les forces et faiblesses existantes, dicteront le cadre dans lequel devront évoluer nos actions. Sans nos allié·es, il devient très difficile de bien le définir.
Une implantation réussie repose sur des rôles et responsabilités clairs. Par exemple, il faut se poser les questions suivantes : qui prend le leadership, qui s’occupe de la logistique, quel est le budget, qui assure le suivi après la fin du projet ? Ces rôles et responsabilités doivent être clarifiés non seulement avec les personnes-ressources qui collaborent directement avec vous dans le quotidien, mais aussi avec la direction de l’école.
Il faut que toutes les parties prenantes comprennent l’intention, le plan d’action ainsi que les résultats visés de l’initiative. Il ne faut pas hésiter à développer et à partager des documents à ce sujet, tout en s’assurant qu’ils soient mis à jour régulièrement. Cette quête de clarté vous permettra d’éviter de créer des attentes irréalistes (pour vous-même et pour l’équipe de l’école) et de gérer les besoins évolutifs en cours de route.
L’engouement pour l’évaluation est de plus en plus présent dans nos réseaux. Toutefois, les processus proposés peuvent paraître lourds ou complexes à mettre en œuvre.
Il est pertinent de revenir à l’essentiel afin de se souvenir que la réelle plus-value de l’évaluation est d’apprendre et de s’ajuster en temps réel. L’évaluation ne sert pas seulement à rendre des comptes à notre organisation ou à nos bailleurs de fonds. Elle peut soutenir la remise en question, l’amélioration de nos pratiques et même potentiellement l’appropriation de notre initiative par l’école. Ainsi, il faut développer des stratégies et des outils en ce sens.
En conclusion, le milieu scolaire est un terreau fertile pour la mise en œuvre de projets et d’initiatives pour améliorer la qualité de vie des jeunes. Il faut bien se préparer avant d’approcher les écoles, créer des relations de confiance avec les équipes internes, être clair quant au cadre du projet et entretenir notre capacité d’adaptation grâce à l’évaluation. En misant sur ces quatre ingrédients essentiels, vous aurez déjà une longueur d’avance pour bâtir des initiatives qui s’arriment aux réalités du milieu et qui peuvent réellement avoir un impact sur le bien-être des jeunes.


Catastrophes climatiques, guerres, famines, crises économiques : sentez-vous, vous aussi, que l’actualité est particulièrement difficile à supporter ces temps-ci ? Devant les titres anxiogènes qui se multiplient, et les mauvaises nouvelles qui défilent en continu, même les plus optimistes d’entre nous ont du mal à résister au sentiment d’impuissance collective qui semble s’infiltrer jusque dans les groupes plus progressistes de la population.
Et pourtant, il y a tant à faire pour construire une société plus saine et plus durable. Mais pour y croire, pour avoir envie de se relever les manches, nous avons besoin de nous nourrir d’exemples concrets, qui nous montrent que oui, des solutions existent et qu’elles sont réalistes et accessibles. Et c’est l’une des raisons qui expliquent la popularité croissante du journalisme de solutions.
Appuyé par des méthodes rigoureuses et validé par la recherche scientifique, le journalisme de solutions met en lumière des stratégies prometteuses pour relever les grands défis sociaux. Et les données sont claires : cette approche communicationnelle favorise l’engagement, redonne confiance au lecteur et peut même alléger le poids psychologique de l’actualité. C’est d’ailleurs pourquoi, chez M361, nous intégrons régulièrement cette approche à nos stratégies sociales en vue de favoriser la santé et la qualité de vie dans la population québécoise.
D’après le Solutions Journalism Network, le journalisme de solutions vise à « couvrir les réponses aux problèmes sociaux avec la même rigueur que les problèmes eux-mêmes ». En d’autres mots, cette approche implique de moins s’attarder à creuser les causes d’une problématique et de mettre davantage en valeur les stratégies mises en place, les résultats obtenus ainsi que les limites ou obstacles rencontrés.
Il ne faut toutefois pas confondre le journalisme de solutions avec le « feel good journalism », qui mise souvent sur un storytelling édulcoré. Le journalisme de solutions est un journalisme d’impact, ancré dans une approche rigoureuse fondée sur des données, des témoignages et des preuves tangibles. Prenons un cas fictif d’un article qui rapporterait l’histoire d’une école ayant aménagé un potager collectif où les élèves adorent jardiner ensemble. L’article pourrait croire que tout s’est déroulé facilement. Le journalisme de solutions mettrait plutôt de l’avant des résultats tels que « ce projet a permis d’augmenter la consommation de légumes de 70 % chez les élèves », tout en soulignant les obstacles rencontrés pour assurer sa pérennité. L’article misant sur les solutions pourrait également expliquer le maillage entre les différents partenaires impliqués dans le projet.
Most journalism asks, «What went wrong yesterday and who’s to blame?» Solutions journalism asks: ‘What might go right tomorrow and who’s showing the way?»
Une étude quasi-expérimentale menée par le Solutions Journalism Network et l’Engaging News Project a révélé des différences très intéressantes entre les lecteurs exposés à des articles misant sur les solutions, comparativement à des lecteurs exposés à des articles traditionnels. Les résultats ont montré que les articles orientés vers les solutions suscitaient un plus grand intérêt et une meilleure rétention de l’information chez les lecteurs. Mieux encore : les lecteurs exposés aux solutions ont manifesté davantage d’intérêt à s’engager personnellement dans des projets susceptibles d’apporter des solutions aux enjeux soulevés par le texte. (Notons ici que les chercheurs n’ont pas mesuré l’engagement réel -le comportement-, mais l’intention comportementale de s’engager, ce qui est différent, mais tout de même significatif.)
De nombreuses autres études et analyses se sont penchées sur l’impact du journalisme de solutions sur les lecteurs, et ont relevé son influence sur la réduction du sentiment d’impuissance, le renforcement du sentiment d’efficacité personnelle ainsi que certaines composantes de la santé mentale.
C’est pour toutes ces raisons que chez M361, nous nous inspirons régulièrement du journalisme de solutions dans la création des différents éléments de contenu qui composent nos stratégies sociales. Que ce soit dans le cadre de la publication d’articles, de la diffusion de webinaires ou de la programmation d’événements thématiques en présentiel, nous privilégions systématiquement la présentation d’exemples concrets, puisés au Québec ou ailleurs dans le monde.
Nous sommes d’ailleurs convaincus qu’en privilégiant cette approche axée sur les solutions, et en faisant rayonner les leaders de changement, nous maximisons les chances d’influencer des changements de comportement en vue de favoriser la santé et la qualité de vie.
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Tout le monde cherche à créer du contenu qui fait vendre. Mais réaliser une stratégie de contenus qui n’implique aucune transaction financière à la clé, est-ce que ça vaut le coup ? Oui, évidemment (le contraire serait fâcheux puisque c’est ce qu’on fait chez M361 depuis plus de 20 ans !).
Même si c’est souvent le cas, la finalité d’une stratégie de contenu n’est pas uniquement de vendre des produits ou des services. Elle sert aussi à mettre un sujet à l’agenda, sensibiliser sur un problème ou une réalité, informer, inspirer, créer un débat, susciter de l’engagement, mobiliser autour d’une cause ou d’un message, faire évoluer les mentalités et les comportements, etc.
Changer les comportements, c’est (entre autres !) ce qui anime notre équipe. À travers nos stratégies sociales, nous déployons une série d’actions — incluant du contenu — afin d’entraîner un changement de norme sociale. Des gens plus actifs. Des milieux de travail qui favorisent davantage la santé physique et mentale. Une alimentation plus saine et locale. Des municipalités qui priorisent la santé de leur population. L’avancement des filles et des femmes.
Notre expérience, nos bons coups et nos moins bons (!) nous ont menés à plusieurs constats lorsque vient le temps de créer une stratégie de contenu efficace pour sensibiliser, et ultimement, changer des comportements. « Ultimement », parce qu’il faut le préciser : faire évoluer une norme sociale peut prendre… des décennies ! Comme on a AMPLEMENT le temps de se perfectionner, voici quelques grands principes qui nous guident. À ajouter, bien sûr, aux principes de base de toute bonne stratégie de contenu.
Il faut accorder une place prépondérante à la perspective des personnes à influencer[1]. Avant de prétendre changer des comportements, il faut d’abord comprendre les personnes à qui l’on s’adresse. Quels sont leurs besoins, leurs réalités, leurs freins, leurs motivations profondes ? Trop souvent, un décalage existe entre le comportement souhaité et la réalité de la cible. Une bonne stratégie se bâtit toujours sur une connaissance fine et sincère de notre public. Le tout, doublé d’une bonne dose d’empathie !
Un chiffre, aussi percutant soit-il, ne changera pas un comportement à lui seul. Ce qui motive les gens à changer, c’est ce qui les touche, ce qui leur parle et ce qui résonne avec leur histoire. C’est là que le storytelling devient un allié incontournable. En racontant des récits authentiques, des expériences personnelles ou des anecdotes engageantes, on humanise le message, on capte l’attention et on crée l’envie d’agir. Bref, les émotions avant les faits (même si on adore les bonnes vieilles statistiques percutantes !).
Générer l’émotion et toucher la corde sensible, c’est bien. Cependant, même si on ne vend rien, on sait que changer un comportement nécessite idéalement un retour sur « investissement ». C’est ici qu’entrent en jeu les avantages qui permettent de lever les freins classiques : temps, argent, motivation. Par exemple, selon le Groupe entreprises en santé, chaque dollar investi dans une démarche liée à la santé et au mieux-être dans l’entreprise a des retombées qui oscillent entre 1,50 $ à 3,80 $. Il s’agit d’un retour sur investissement de 400 % ! Un chiffre qui pèsera certainement dans la balance lorsque viendra le temps de débloquer des fonds pour rendre un milieu de travail plus actif.
Un message trop culpabilisant ou anxiogène risque de démobiliser. Pour susciter l’engagement, il faut proposer des actions simples, réalistes et adaptées au quotidien de la cible. Créer un sentiment d’urgence, oui, mais sans basculer dans la catastrophe. Par exemple, si l’on avance que « près de 40 % des espèces pourraient être engagées vers l’extinction d’ici 2050 », on peut donner l’impression qu’il est déjà trop tard pour entreprendre quelconque action que ce soit. À quoi bon recycler à ce stade-ci ? Il vaut mieux valoriser des gestes accessibles et illustrer leur impact concret (« Si chaque personne plantait deux arbres cette année, on compenserait X tonnes de CO₂ »). C’est en proposant des solutions à portée de main qu’on incite à passer à l’action. On est d’ailleurs adeptes du journalisme de solution : on vous en parle dans cet article.
On sous-estime souvent la puissance du regard des autres dans l’adoption de nouveaux comportements. Montrer que « tout le monde s’y met », valoriser des communautés inspirantes ou des groupes d’influence qui ont déjà emboîté le pas peut faire basculer les hésitants. Par exemple, dire que « 3 municipalités québécoises sur 5 ont déjà une politique familiale » apporte juste ce qu’il faut de pression positive. Des témoignages crédibles viennent aussi normaliser le comportement souhaité et donnent envie de s’y associer.
On le dit souvent : seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. Un changement social durable se construit rarement en solo (on l’aborde d’ailleurs dans ce billet sur les collaborations efficaces). Impliquer des partenaires dans notre stratégie de contenu permet d’élargir la portée du message et de renforcer sa légitimité. Cette collaboration multiplie les points de contact, donne accès à de nouveaux publics et offre un effet d’entraînement.
Au-delà de sensibiliser le grand public, un bon contenu peut aussi servir à interpeller et mobiliser des parties prenantes stratégiques : élus, décideurs, entreprises, partenaires (quel hasard : on a justement un billet proposant des outils et des techniques de mobilisation). En intégrant des témoignages de leaders, en mettant en lumière des initiatives inspirantes ou en valorisant des engagements collectifs, on transforme notre contenu en levier d’influence sociale. Car pour générer un changement durable, il faut aussi que les acteurs de pouvoir et de décision emboîtent le pas.
En suivant ces grands principes, votre stratégie de contenu pourra réellement contribuer à transformer des attitudes et des comportements — à condition qu’elle soit cohérente, sincère et pensée pour ceux qu’elle veut toucher.
Cet article en est la preuve : un exercice de contenu qui influence sans rien vendre. Une mise en abyme assumée.
Alors si ces lignes ont éveillé chez vous l’envie de créer différemment, de raconter autrement et d’influencer pour de bon… c’est mission accomplie!
DAGENAIS, Fannie. LAGARDE, François. (2025, 22 mai). Les B.a.-ba de la communication d’influence – Identifier les enjeux et comprendre les décideurs, Webinaire présenté par PourRallier
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